article invité de Marie pour Choisir Sa Formation

Tout le monde peut apprendre une langue.

Vous aussi !

Avoir été désigné « nul en anglais » au lycée ne vous condamne pas à une vie de monolingue. Au contraire, les meilleurs élèves ne se sont jamais contentés de l’école pour progresser.

En tant que rescapée du système éducatif et russophone autodidacte, je vous explique dans cet article pourquoi l’école n’est pas conçue pour former des élèves curieux et autonomes, et comment apprendre par vous-même une langue étrangère, rapidement et pour la vie.

apprendre langue sans école

Pourquoi le système scolaire n’est pas le plus efficace ?

Au début du XIXe siècle, les perspectives d’emploi salarié pour un bachelier moyen étaient principalement de travailler dans les champs ou à l’usine.

En envoyant les enfants à l’école, les parents perdaient un complément de revenu, et les patrons une main-d’œuvre bon marché et très utile. L’instruction devint dès lors ​gratuite ​et obligatoire​ pour être imposée comme une nouvelle norme, et l’idée que l’école rendrait les enfants plus obéissants et productifs parvint à convaincre les industriels.

Le système éducatif a donc été mis en place pour former de ​futurs ouvriers agricoles et industriels,​ et l’idée de base reste aujourd’hui la même : si les finances personnelles, l’informatique ou la créativité sont peu enseignées, c’est probablement parce que l’école ne veut pas d’élèves créatifs ou autonomes. Tout du moins, ce n’est pas sa priorité.

Tout le monde ou presque a connu dans sa scolarité un ou une prof formidable, qui savait rendre sa matière passionnante et pousser toute sa classe vers le haut. Mais il s’agit souvent de cas uniques, et bien que les enseignants fassent de leur mieux pour transmettre leur passion, ils n’ont aucun pouvoir sur le choix des programmes ni la manière de les aborder.

 

Une éducation mutuelle qui n’a pas survécu

Mais avant la loi de Jules Ferry en 1882 et l’éducation à la chaîne qui perdure, le “monitorial system” anglo-saxon avait inspiré le principe des ​écoles communales​, instauré en France peu après la destitution de Napoléon. Le professeur enseignait son cours aux meilleurs élèves, qui transmettaient ensuite eux-mêmes ce qu’ils avaient retenu au reste de la classe. Les enfants étaient à l’époque regroupés non par âge, mais par niveau : c’est encore le cas maintenant dans les écoles des pays nordiques, souvent cités en matière d’éducation.

Or, ce système laissait ​trop d’autonomie​ aux enfants au goût de l’Église. Dès 1824, catholiques et royalistes ont fait éradiquer les écoles communales afin de rendre le commandement et l’autorité magistrale aux enseignants (qui cèdera ensuite sa place au patron).

 

Un système conservateur inadapté

À présent, les classes et programmes surchargés obligent les élèves à suivre le ​rythme donné par leur professeur, qui n’a ni le temps ni les ressources pour un suivi individuel et personnalisé.

Les sujets d’étude imposés, couplés à une ​peur de l’erreur ​normalisée, poussent à la participation passive​ et à l’oubli systématique des semaines de leçons engrangées.

Ce qu’on nous a fait apprendre par cœur, qui s’en souvient encore aujourd’hui, quelques années ou décennies plus tard ? Il est prouvé que participer activement à un cours, en posant des questions par exemple, aide à mieux l’ancrer dans la mémoire.

Par ailleurs, le système de ​notation​ transforme des connaissances déjà abstraites en une note sur vingt entourée en rouge, qui devient, semble-t-il, la seule chose qui vaille (“t’as eu combien ?”). Pourtant, on le sait, ​stigmatiser les erreurs ​ne bénéficie à personne : qui n’a jamais pensé sur les bancs de l’école “je suis nul” ? Et plus grave encore, qui en est toujours persuadé ?

 

Des langues vivantes enfermées dans un schéma d’enseignement obsolète

Les cours de langue ne font pas exception : de peur de ​faire une erreur​ et d’​être jugé​, on se tait et prie pour ne pas être interrogé. C’est en tout cas ce que j’ai fait au collège, puis au lycée : vous vous reconnaîtrez peut-être.

Or, comment apprend-on une langue, dès les premières années de sa vie ? En observant ce qui nous entoure, en écoutant, et en s’amusant. Un ​enfant​ se fiche de faire des erreurs de conjugaison ou un dessin moche, il a par-dessus tout envie d’apprendre et de s’amuser.

Cependant, dans la majorité des établissements, ne sont enseignés que ​l’anglais​, l’espagnol ​et ​l’allemand​, pour des raisons évidentes de proximité géographique. Quiconque souhaitant étudier une autre langue et sa culture devra attendre d’être à la fac – où l’on retrouvera les mêmes méthodes d’enseignement – ou bien se montrer ​curieux​, ce qui fait partie de la longue liste des choses que l’école ne nous apprend pas.

Avec des emplois du temps déjà bien chargés de matières qui seront oubliées une fois le trimestre fini, il ne reste qu’une solution à ceux qui ont su rester motivés : s’éduquer eux-mêmes. Les découvertes sur l’apprentissage ont révolutionné la science depuis le XIXe siècle, mais une grande partie du corps enseignant continue à vouloir faire apprendre des leçons par cœur sans même donner les clés pour y parvenir, faute de recul.

 

apprendre une langue étrangère

Comment apprendre efficacement une langue étrangère ?

Connaissez-vous le proverbe russe “La ​répétition ​est mère d’apprentissage” ? C’est tout à fait vrai, et cela explique que vous ayez presque tout oublié de vos années d’étude.

On passe à l’école d’un sujet à un autre, et l’on efface tout sitôt le contrôle de fin de chapitre terminé. Cependant, pour graver une information dans la mémoire à long terme, le cerveau a besoin de la répéter suffisamment, en espaçant les révisions de plus en plus. Le défi n’est donc pas seulement d’engranger des connaissances, mais de ​ne pas les oublier​.

Il existe des ​outils​ pour s’entraîner à la répétition espacée, et même des applications spécialement conçues pour l’apprentissage des langues. Continuer à apprendre tout au long de votre vie est indispensable, et vous garantit de rester jeune, quel que soit votre âge.

 

Les ​flashcards​ – ou cartes mémoire

Il s’agit simplement d’écrire un mot d’un côté d’une carte avec sa définition de l’autre côté.

Retournez-la seulement si vous ne vous souvenez plus de la signification du mot.

De simples cartes en papier font très bien l’affaire, mais certaines applications calculent le moment idéal pour vous rappeler une certaine carte. Elles se fient pour cela à la ​courbe de l’oubli​, c’est-à-dire la durée au-delà de laquelle vous allez oublier une information. Plus vous vous répétez que house = maison, par exemple, plus il vous faudra de temps pour l’oublier.

Le site de partage de flashcard le plus connu est ​Quizlet​, également décliné en application mobile. Vous pouvez y créer votre propre liste, ou en étudier une déjà existante.

 

La ​mnémotechnie

Associer un mot avec une image est également très efficace : si je vous dis “chien”, est-ce que vous pensez au chien de votre enfance, ou à cinq lettres écrites sur un tableau ? À un chien, bien sûr.

L’application ​Memrise​ propose une image pour chaque mot, ainsi qu’une phrase pour mieux le retenir. Vous pouvez aussi importer vos propres photos, comme sur Quizlet.

 

La technique des ​100 mots

Je vous conseille également de commencer par apprendre les ​100 mots les plus courants dans la langue visée. Et, mais, je, une personne, parler… Ils sont souvent courts, et vous pouvez être certain de les croiser dans quasiment toutes les phrases, c’est donc la base ! Ces listes existent sur internet, mais si vous n’en trouvez pas pour le hongrois ou le swahili, traduisez chaque mot à l’aide d’un dictionnaire.

En matière de ​dictionnaire en ligne​, je vous recommande WordReference.com qui propose toutes les nuances de sens pour un même mot, ainsi que des expressions populaires qui le contiennent. Disponible du français vers l’anglais, l’espagnol, et beaucoup plus si vous partez de l’anglais.

 

environnement multilingue pour apprendre une langue étrangère

 

Se créer un ​environnement ​multilingue pour étudier une langue étrangère

Enfin, la manière la plus efficace pour apprendre une langue est de la ​pratiquer tous les jours​ car, on l’a vu, ​revoir ​ce que l’on connaît est au moins aussi important que d’apprendre de nouvelles choses. Pour cela, vous avez plusieurs solutions. Liste non exhaustive, bien sûr !

 

● Trouver un ​correspondant sympa qui souhaite apprendre votre langue et vous fera découvrir sa culture. Vous aurez souvent besoin du dictionnaire au début, mais quand discuter devient un plaisir, les progrès ne se font pas attendre. Il existe plein de sites et d’applications pour rencontrer des locuteurs natifs, voici mes préférés : PolyglotClub​, ​Students of the World​, ​Reach​.

 

● Regarder des ​films ​que vous avez déjà vus, dans la langue que vous apprenez, avec des sous-titres au début pour vous rassurer. Vous vous rendrez vite compte que vous pouvez très bien vous en passer. Fonctionne aussi avec les séries !
Si vous étudiez le ​russe,​ vous trouverez n’importe quel film en streaming, vestige de l’URSS où la propriété intellectuelle n’existait pas : chaque œuvre était donc accessible au public gratuitement, et c’est toujours le cas aujourd’hui.

 

● En revanche, lire des ​livres en VO ​peut être une bonne idée… Mais qui requiert du temps, beaucoup d’attention et peut facilement décourager. Si vous vous tournez vers la poésie ou les livres pour enfant, attention au vocabulaire qui peut s’avérer inutilisable au quotidien. Je n’ai jamais fini Alice au Pays des Merveilles en russe, et j’attends toujours de caser le mot “chapelier” dans une conversation…

Si vous voulez lire malgré tout, je vous conseille ​Le Petit Prince​, assez accessible, ainsi que les ​Harry Potter​. Ce sont à la base des livres pour enfants : le vocabulaire et la complexité croissent au fil des tomes, et vous connaissez sans doute déjà l’histoire ! Sinon, les BD et les magazines comme ​Vocable​ sont de bons compromis.

 

● Pour habituer votre oreille très vite sans trop d’efforts, vous pouvez ​écouter la radio​. C’est possible dans n’importe quelle langue grâce à internet !

 

● Les ​vidéos YouTube​ et autres ​podcasts ​offrent suffisamment de choix pour que vous trouviez un sujet qui vous plaise. Tapez l’extension du pays après le mot YouTube dans la barre de recherche (pour l’espagnol, youtube-es) pour arriver sur la page d’accueil du pays locuteur. Cherchez sinon les mots-clés qui vous intéressent, directement dans la langue en question.

 

● Les ​chansons ​sont un très bon moyen de progresser, vous retiendrez facilement les paroles grâce à la mélodie. Cherchez un style ou un artiste que vous aimez (demandez à votre ​correspondant ​!) et allez lire les traductions.

 

● Une technique drastique et relativement efficace est de ​paramétrer votre téléphone​, compte Facebook ou encore boîte mail, dans la langue choisie. Vous retiendrez à force quelques mots techniques, mais notez bien comment accéder aux réglages pour repasser au français si besoin !

 

● Vous pouvez ​lire les titres des articles d’actualité​ ; survoler les sites d’actualité est rapide, demande peu d’efforts, et vous informe par la même occasion. Attaquez-vous, pourquoi pas, à la lecture d’un article entier qui vous intéresse. Vous pourriez découvrir une autre façon de voir le monde…

 

Indispensable pour se lancer

Toutes ces astuces vous feront découvrir des ​mots nouveaux​ : pensez chaque jour à en noter quelques-uns que vous jugerez utiles de connaître, et revoyez-les régulièrement avec des cartes mémoire ou une application dédiée.

Surtout, ​n’attendez pas d’être prêt​ pour parler ! Car dans ce cas, c’est simple, vous ne parlerez jamais. Lancez-vous, maintenant. Vous avez peut-être peur d’avoir un ​accent ​trop marqué : sachez que tant que vous soignez votre ​prononciation​, on vous comprendra. Un accent étranger plaît souvent aux natifs, qui vous trouveront exotique et intéressant.

Si vous le pouvez, ​partir en voyage​ après avoir appris les bases de la langue vous forcera à vous jeter dans le bain. Rien ne vaut l’immersion, et en faisant même un minimum d’efforts pour communiquer vous vous améliorerez très vite.

Enfin, et c’est peut-être le plus important pour se lancer dans cette aventure : soyez passionné​. Si la langue que vous tentez d’apprendre et la culture de son pays ne vous intéressent pas, vous n’en tirerez aucun plaisir. J’ai commencé le russe par simple curiosité, et c’est dans l’avion pour Saint-Pétersbourg que j’ai compris l’ampleur de mon amour pour la langue de Tchaïkovski.

 

Penser autrement pour apprendre une langue sans l’école

Vous avez peut-être déjà entendu que ​plus on maîtrise de langues, plus il est facile d’en apprendre.​ En effet, chaque langage a des ressemblances avec d’autres, comme le pronom singulier neutre en allemand et en russe, qui déroute souvent les élèves français.

Comprendre une notion peut vous amener à réaliser que la règle s’applique dans d’autres langues. Par exemple, l’​accentuation​, inexistante en français, est très importante pour se faire comprendre.

De même, comprendre que les Russes n’utilisent pas de verbe être, ou qu’il en existe deux en espagnol, vous fera envisager de nouvelles manières de voir les choses à travers une façon de penser propre à un peuple.

Ainsi, le mandarin ou le russe ne seront difficiles à apprendre que si les langues que vous connaissez en sont très éloignées.

J’aime voir les langues comme un ​puzzle​ : pour former une phrase correctement, il faut trouver les bonnes pièces, leur sens et les mettre dans le bon ordre. Cela vient, comme tout, avec de l’entraînement !

 

Ce qu’il faut retenir

Beaucoup de pays n’ont pas la chance de bénéficier d’une institution éducative totalement gratuite​, offrant à chacun les clés pour comprendre le monde qui l’entoure et s’y faire une place. Cependant, tant que l’éducation en France demeurera une usine difficilement capable de s’adapter à l’évolution du monde ou à l’individualité des élèves, il sera indispensable de rester curieux​ et de continuer à apprendre par soi-même.

Vous avez maintenant les clés pour vous lancer, rester motivé et vous former à moindre coût. Si vous souhaitez être guidé dans votre apprentissage de l’anglais, découvrez la formation du Marathon des Langues​ ainsi que l’entretien avec sa créatrice, Lauriane.

Merci à Marie Keraudren pour cet article.

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